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Femme "Sniper" au RAID


Embusquée à l'ombre d'un vaste chêne, Sophie recharge consciencieusement son fusil d'assaut. A deux pas devant elle, Paul*, instructeur en chef de la section des tireurs de haute précision du Raid, distille ses derniers conseils à la bonne réalisation de l'exercice.

Dans cette petite clairière perdue dans le bois jouxtant les locaux de l'unité d'élite de la police nationale à Bièvres (Essonne), les vitres brisées des bâtiments mis à disposition témoignent des exercices d'assauts répétés des hommes en noir. Et, désormais, des femmes. Deux. Sophie est l'une d'elles.

Voilà plus d'une décennie que cette jeune femme brune de 36 ans a intégré la prestigieuse unité, à la suite de ses quatre années passées au sein de la police aux frontières. Après plusieurs dizaines de missions au sein du groupe filature et surveillance du Raid, Sophie saisit à l'automne dernier une proposition du directeur : intégrer la section des tireurs de haute précision.

En cette matinée de mars, elle poursuit pas à pas sa formation de tireuse d'élite, sous l'oeil bienveillant de Paul, qui ne tarde pas à donner le feu vert du début de l'entraînement. Lentement, la jeune femme pénètre, fusil à l'épaule, dans un tunnel sombre long d'une centaine de mètres, et progresse avec une étonnante discrétion jusqu'à la sortie du corridor, puis se fige. A une trentaine de mètres devant elle, une cible à peine perceptible à l'oeil nu a été dissimulée dans un fourré par son instructeur. Puis une détonation : Sophie vient de faire mouche. Tandis que Paul dresse le compte rendu de l'exercice, le chef de l'unité du Raid observe l'évolution de l'une de ses futures tireuses d'élite. « Il me semble que c'est un sans-faute », sourit, satisfait, Jean-Michel Fauvergue, contrôleur général de la police nationale arrivé en avril 2013 à la tête de la force d'intervention de la police nationale (FIPN) qui regroupe le Raid et les 10 antennes régionales. « L'intégration de femmes dans cette unité est une évolution naturelle. Pendant des années au sein du groupe filature et surveillance du Raid, elles ont fait montre d'un professionnalisme exemplaire, parvenant souvent à de meilleurs résultats que les hommes lors de filatures délicates. »

Les années ont-elles fait taire le scepticisme ressenti dans les rangs quasi exclusivement masculin du Raid à l'arrivée de femmes ? « C'est un milieu d'hommes, il faut faire ses preuves, et sans doute davantage lorsque l'on est une femme », admet Sophie. « J'aime à croire que, depuis plus de dix ans, mes collègues connaissent ma manière de travailler, et que la confiance a pris le pas sur une certaine défiance. » Face à l'opportunité de rejoindre le groupe des tireurs de haute précision, Sophie avoue ne pas avoir hésité. « Les armes et le tir m'ont toujours attirée, explique-t-elle. Alors, lorsque cette proposition m'a été faite, j'ai dit oui immédiatement, tout en sachant que, là encore, je devrai en faire davantage que si j'étais un homme. »

Un membre de l'unité confirme. « Certains ont assisté à l'arrivée des femmes avec un mélange de doutes et, parfois, il faut bien le dire, de sourires. Je pense qu'Annabelle vous le confirmera. » Pourtant, l'autre tireuse d'élite en formation n'est apparemment pas présente. « Si, elle est là », révèle l'instructeur. « Vous ne la voyez pas, mais elle, oui », ajoute-t-il pointant du regard un talus perché à une dizaine de mètres au sommet de la clairière.

Dissimulée dans une combinaison de treillis militaire qui la confond avec le tapis de feuilles mortes, on la distingue à peine à la vue de sa queue de cheval. Allongée sur le sol, l'oeil vissé à la lunette de son arme de précision, Annabelle attend l'ordre d'un tir de commandement. Sa mission : atteindre, à travers une fenêtre, une cible de la taille d'une balle de tennis placée à une cinquantaine de mètres d'elle. Son souffle se fait court jusqu'à ce que la radio crache l'ordre de feu. Là encore, le défi est relevé.

Brune comme Sophie, Annabelle a intégré le Raid voilà onze ans. « Le groupe filature et surveillance m'a beaucoup appris », témoigne cette maman de deux enfants, qui a oeuvré lors de la traque de nationalistes corses, mais aussi lors de celle de Jean-Pierre Treiber, l'assassin présumé de Géraldine Giraud, fille du comédien Roland Giraud, et de son amie Katia Lherbier, fin 2004 dans l'Yonne. Elle suit maintenant elle aussi la formation pour intégrer la section des tireurs de haute précision depuis janvier.

« Je voulais un nouveau challenge, et je prends un grand plaisir à suivre cette formation. Oui, il a fallu convaincre, faire notre place, et démontrer que l'on pouvait apporter quelque chose d'autre », ajoute la jeune femme. « Le tireur d'élite n'est pas qu'une gâchette, c'est aussi et surtout une source d'information et d'observation qui sécurise la colonne d'intervention. C'est un poste à haute responsabilité », ajoute Jean-Michel Fauvergue. Peut-être la meilleure façon de faire taire les sceptiques.

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