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"avant" "lors de son interpellation"
Après quatre ans de cavale, Yvan
Colonna, a été arrêté vendredi
vers 19 heures en Corse. L'assassin présumé du
préfet Claude Erignac a été interpellé par
les policiers du RAID, dans une bergerie dans le sud de l'île.
Transféré à Paris, puis présenté au
juge, Yvan Colonna a été mis en examen samedi
soir.
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Double mise en examen
Au lendemain de son arrestation dans le maquis corse, Yvan
Colonna a été mis en examen samedi (7 juillet) à Paris.
L’assassin présumé du préfet
Erignac, assassiné le 6 février 1998 à Ajaccio,
avait été transféré de l’île à la
prison de la Santé dans la nuit de vendredi à samedi.
Il a été présenté aux juges
d’instruction dans l’après-midi et mis
en examen deux fois. Le berger de Cargèse a d’abord été présenté au
juge Gilbert Thiel qui l'a mis en examen pour sa participation
présumée à l'attaque contre la gendarmerie
de Pietrosella, le 6 septembre 1997, attentat au cours
duquel l'arme du crime du préfet avait été volée,
une mise en examen pour "destruction de bien par substance
explosive, séquestration et enlèvement en
bande organisée, vol et violences sur agent de la
force publique, le tout en relation avec une entreprise
terroriste". Le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière
l’a ensuite mis en examen pour "assassinat en
relation avec une entreprise terroriste".
- Fin de cavale
C'est la fin d'une cavale de plus de 4 ans: Yvan Colonna,
en fuite depuis mai 1999, a été arrêté vendredi
(4 juillet) en Corse. Celui qui est soupçonné d'être
le tueur du préfet de Corse Claude Erignac a été interpellé dans
le sud de l'île par des policiers du RAID. Il était
19 heures, le berger de Cargèse se trouvait dans
une bergerie, au lieu-dit Margaritaghia, à Porto-Polo,
près de Propriano. Les policiers
multipliaient depuis deux mois les surveillances sur les
hauteurs de Porto Polo, dans le maquis corse. Un renseignement
les a d'abord mis sur la piste d'un responsable de camping
qu'ils ont suivi et qui les a conduits à plusieurs
bergeries. Il y a une dizaine de jours, second renseignement:
le fugitif n'a plus rien à voir avec la photo de
l'homme mal rasé aux cheveux courts placardée
dans tous les commissariats et les préfectures:
il a désormais les cheveux longs. L'homme a été repéré dimanche
29 juin au soir. Samedi matin, le patron du Raid a donné des
détails sur le déroulement de l'opération:
lire ci-dessous le récit d'Etienne Huver.

© RAID
Selon
les informations de Jean-Alphonse Richard, les services
de police savaient
que depuis quelques semaines,
Yvan Colonna
montrait des signes de découragement, de grande fatigue,
qu'il se sentait de plus en plus seul dans sa cavale.
Les hommes
du Raid et leur patron ont eu droit aux félicitations
de leur ministre: Nicolas Sarkozy a estimé lors d'une
conférence de presse au ministère que cette
arrestation était "le fruit d'un travail, opiniâtre,
méticuleux, patient commencé il y a un an", "cette
arrestation ne doit rien à la chance et tout au travail
policier", a affirmé le ministre. C'est lui qui
a appelé vendredi soir la veuve du préfet Erignac,
pour lui annoncé la nouvelle: "Ma réaction
a d'abord été une grande surprise" a commenté Dominique
Erignac, "je ne m'y attendais plus", "on est
soulagé".
- Le
récit de l'arrestation
Nicolas Sarkozy l'avait dit et répété:
l'une de ses priorités, c'était bien d'arrêter
Yvan Colonna. Depuis son arrivée place Beauvau, le
ministre de l'Intérieur tenait régulièrement
des réunions en collaboration avec tous les services
de police concernés pour faire des synthèses,
effectuer une véritable coordination et vérifier
toute indication, toute information recueillies. Les enquêteurs
ont conduit des recherches aux quatre coins du monde pour
retrouver le berger de Cargèse: Venezuela, Brésil,
Maroc, Antilles, Madagascar entre autre. En France, il y
a eu la Lozère et la région parisienne, particulièrement
le Val-de-Marne d'où en septembre 2000 une lettre
d'Yvan Colonna était parvenue au journal corse U Ribombu.
Mais depuis quelques mois
les pontes de la police nationale étaient
de plus en plus persuadés que Colonna se cachait dans
le maquis Corse. C'est dans cette direction que l'enquête
a été recentrée. Près de 220
bergeries de l'île ont été mises sous
surveillance, un travail de filature payant. Les policiers
ont réussi à tirer un petit fil assure Claude
Guéant le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy: "Ce
petit fil, c'était l'observation de comportements
d'individus qui semblaient pouvoir constituer un système
de liaison, de passage de messages avec le cercle rapproché.
Les membres supposés de ce dispositif ont été mis
sous surveillance". Ils ont conduit à différentes
bergeries. Le 29 juin au soir, un homme est aperçu
dans l'une d'elle, sa physionomie laisse penser qu'il peut
s'agir d'Yvan Colonna. Selon nos informations, c'est notamment
la surveillance d'un directeur de camping qui a permis aux
hommes du raid de remonter aux bergeries où se trouvait
Yvan Colonna.
Le Raid, et c'est important,
s'est remis à travailler
en Corse dès la nomination de son directeur Christian
Lambert en septembre 2002. Aussitôt, un groupe corse
d'une douzaine de fonctionnaires divisés en petites équipes
est créé au sein du service. C'est eux qui
sont chargés sur le terrain de vérifier toutes
les informations recueillies par les différentes unités.
C'est eux aussi qui discrètement cachés dans
le maquis, des taillis haut d'1,5 à 1,80 mètre
par endroit, surveillent cet homme qui se terre dans la bergerie.
L'opération est périlleuse: ils savent qu'à n'importe
quel moment, il peut quitter sa cachette. Il y a trois jours,
pour la première fois, on l'aperçoit à 30
mètres et vendredi matin l'étau s'est un peu
plus resserré. Christian Lambert, le directeur du
raid: "A 07h20, on a vu un individu qui ressemblait à Yvan
Colonna sortir de cette bergerie. Il correspondait au signalement
d'Yvan Colonna avec quelques transformations. (…) A
07h30, il rentre dans la bergerie et ne ressort plus. A 12h50,
il ressort avec un sac à dos et très rapidement
il part dans le maquis". Au total une trentaine d'homme
du Raid opèrent autour de la bergerie. Aussitôt,
consigne leur est donnée de scruter tous les chemins
de randonnée et d'arrêter l'homme dès
qu'il est aperçu. Yvan Colonna a été interpellé à son
retour, repéré par deux fonctionnaires qui
l'ont vu revenir. Il a "tenté de fuir et a vite été maîtrisé". "Yvan
Colonna?" lui ont demandé les policiers. Réponse: "Oui,
c'est moi!"
Yvan Colonna semblait être prêt à changer
une nouvelle fois de cachette. Les enquêteurs pensent
qu'ils le faisaient environ tous les quinze jours. A proximité de
la porte d'entrée de la bergerie, un autre sac était
prêt, sans doute celui de la fuite. A l'intérieur
les hommes du raid on retrouvé un chargeur et une
grenade défensive. Pour les pontes de la police nationale,
l'opération était particulièrement périlleuse
parce que Colonna avait mis au point un dispositif pour le
moins artisanal mais plutôt sophistiqué: autour
de la maison, ils ont noté la présence d'oies
et de chiens qui pouvaient se mettre à gesticuler, à aboyer
en sentant la présence humaine. Pour le fugitif, c'était
alors plutôt facile de disparaître dans les hauts
taillis et de se volatiliser.
Alors l'assassin présumé du préfet
Erignac a-t-il passé l'intégralité de
ces quatre dernières années dans le maquis
corse ? C'est encore trop tôt pour le dire. Les enquêteurs
pensent en tout cas qu'il a dû y rester la plupart
du temps même si certains éléments laissent
penser qu'il a aussi pu séjourner un moment à Paris
et dans sa région.

La Cavale - © AFP
- Un
détenu
sous haute surveillance
Une dizaine de cellules au rez-de-chaussée de la Santé:
l'isolement c'est le quartier qu'ont occupé lors de
leur passage à la Santé le tueur en série
Guy Georges ou le terroriste Carlos. En théorie, l'assassin
présumé du préfet Erignac n'a aucun
contact avec les autres détenus. Il est seul pour
ses promenades, deux fois par jour pendant une heure et demi
dans ce qu'on appelle un "camembert", une cour
exiguë en forme de quartier de fromage et au toit grillagé.
Escorte lors de tous ses déplacements dans l'établissement,
surveillance spéciale toutes les demi-heures lorsqu'il
se trouve dans sa cellule, une cellule classique de 7 mètres
carrés. L'assassin présumé du préfet
Erignac, s'il le souhaite, peut y regarder la télévision
et recevoir les journaux. Yvan Colonna pourra sans
doute aussi revoir sa famille, dans un parloir spécial contigu au quartier d'isolement.
Il sera autorisé chaque semaine à recevoir
trois visites de 45 minutes.
L'homme le plus recherché de
France
Cran rasé, regard franc, barbe de trois jours: son
visage est resté placardé dans tous les commissariats
de France. Yvan Colonna, le berger de Cargèse, militant
nationaliste pur et dur, est le fils d'un ancien député socialiste.
Colonna dont le nom était apparu pour la première
fois le 22 mai 1999 dans un article du Monde. Ses complices
présumés étaient déjà arrêtés.
Avant de prendre la poudre d'escampette le lendemain, il
avait fait sur TF1 un ultime pied de nez aux enquêteurs,
affirmant qu'il "ne milite plus" et se disant "serein
face aux accusations".
Une simple lettre, postée depuis le Val-de-Marne
au journal corse "U Ribombu", fin 2000: c'était
depuis la seule trace qu'avait laissée le fugitif.
Elle n'avait pas permis de le localiser. Certains policiers étaient
persuadés qu'il était loin, très loin:
on l'a recherché en Sardaigne, au Maghreb et jusqu'au
Venezuela. D'autres ont toujours cru que le fugitif, rompu
au maquis, n'avait jamais quitté la Corse. Sur l'île,
des dizaines de bergeries ont aussi été fouillées.
Sans résultat jusque vendredi soir. Aujourd'hui, un
policier assure: "A plusieurs reprises, on est certainement
passé tout prêt". |
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